Au début, ils arpentent la scène. Puis, un à un, tranquillement, le metteur en scène Olivier Brunhes les appelle par leur prénom. Chaque interprète se fige, le regard planté dans le public. Silencieusement, ils demandent notre attention et la reçoivent, ce court rituel des prénoms créant un lien immédiat et organique entre la salle et la scène. Fracas ne raconte pas une histoire à proprement parler, c’est un assemblage de bribes de paroles, d’instants d’émotions qui évoquent en mosaïque la fragile ligne entre la norme et le hors-norme. Les colères, les abandons, les frustrations qui font lâcher prise. Mais aussi les moments de joie, de vitalité et d’empathie profonde. Fracas déborde d’une humanité rugueuse. Vraie.
Personne ne quitte jamais le plateau. Chacun reste témoin de l’autre, bienveillant, et c’est bouleversant. Pour accompagner ces personnages souvent au bord du précipice, une danseuse. Parfaitement dosée, son intervention va et vient entre l’illustration et la réaction à ce qui se joue, elle se fait parfois discrète, parfois très présente, tel un ange gardien venant souligner la force – ou la faiblesse – d’un instant.
Loin de tout expliciter, Fracas a aussi ses pans d’ombre. Comme cette mystérieuse femme à la valise qui arrive en début de spectacle, salue les comédiens, et reste ensuite sur scène sans dire un mot. Puissance de la magie théâtrale, à la fin, certains spectateurs auraient pourtant été prêts à jurer qu’elle avait parlé. C’est une des grandes forces de cette pièce à la fois très aboutie et laissant assez d’espace à chacun pour y projeter ses propres visions. Un vrai moment de théâtre qui se vit à deux, entre la troupe et le public. Un spectacle puissant.