Il braque ses projecteurs sur les hors la loi, les hors norme et tous les parias de la société. C’est une habitude chez le metteur en scène Olivier Brunhes de trouver la poésie là où d’autres voient la laideur ou le rejet. Celui qui avait mené une première aventure avec des handicapés mentaux, dans « Weekend de rêve », revient sur scène à Montreuil avec un spectacle à couper le souffle, « Fracas ».
Le pari est audacieux. Sur cette petite scène privée, sorte d’écrin, pas le moindre décor. Des chaises délimitent l’espace scénique. Un jeu de lumières léger joue avec les comédiens, comme si rien ne devait polluer le texte, qui laisse le public entre sourire et larmes, tant les mots font écho.
En cinquante minutes, « Fracas » livre les témoignages de personnes incarcérées, handicapées mentales, au chômage, sans toit… qui incarnent pour certains leur propre rôle sur scène, accompagnés de professionnels, parmi lesquels Séverine Vincent et Vincent Winterhalter. Toute personne un tant soit peu sensible se retrouve dans ce salarié malmené, ce couple qui s’embourbe ou la perte d’une mère, d’un père. Une espèce de rage de vivre aussi. La colère, l’amertume, la peur et l’amour.
Sur scène, le partage se fait sans artifice. « Il s’agit de se donner soi », estime Nathanael, qu’Olivier Brunhes a rencontré comme les autres comédiens « pas pareils », comme il dit, au Théâtre de Cristal (une compagnie qui travaille avec les personnes en situation de handicap). A quelques mètres du public, les acteurs vont, viennent, dansent, s’enlacent, se battent et parlent. Ils disent la colère, l’amertume, l’angoisse, la peur et l’amour.
« A la mort de mon père, tout le monde pleurait, pas moi. A la mort de mon père, je suis devenu un loup », lâche un acteur. « J’ai pas envie de parler d’amour. J’ai pas envie de dire des choses tendres. La tendresse a été rachetée par Soupline. J’ai pas envie de parler d’amour, ça me fait peur », lance une comédienne. « Les pasteurs sur la montagne marchent en sandales dans la neige. Nous, ici, on marche en baskets et on a le coeur gelé », conclut Baptiste Amann.