La lettre du SNES

« FRACAS / SNES »

Fracas 5 décembre 2013, par Micheline Rousselet
« La beauté du spectacle tient d’abord au texte d’Olivier Brunhes. Il a écouté ces fracassés par la vie, qui un jour ont basculé de l’autre côté, dans la misère, la violence, l’internement. Il a rapporté des mots, les a réécrits et les a distribués à l’équipe. On passe de l’observation d’une précision confondante à la poésie. »
Micheline Rousselet

« Je suis parti entendre la face cachée du monde. J’ai écouté ceux dont la vie a basculé : SDF,

détenus, handicapés de la vie, timbrés, illuminés, dérangés » dit Olivier Brunhes qui a écrit et

mis en scène Fracas, à la demande du Théâtre du Cristal, qui travaille avec des comédiens

issus du monde du handicap mental.

Ils sont dix sur scène, dont une danseuse de la Compagnie de James Thierrée, qui débute en

murmurant « Je ne sais pas où me mettre dans ce monde, je ne suis pas chez moi ». Le ton est

donné. Il est juste. Pas d’anecdotes ni de récits, pas de pathos larmoyant, mais un tableau des

marges de notre monde, de gens différents, des « pas pareils », mais pas si loin pourtant. Il n’y

a ni complaisance, ni voyeurisme, ni dureté, ni amertume, mais un désir d’être aimé, comme

chez ceux qui sont dans la norme, et la même peur de n’être pas aimés.

La beauté du spectacle tient d’abord au texte d’Olivier Brunhes. Il a écouté ces fracassés par

la vie, qui un jour ont basculé de l’autre côté, dans la misère, la violence, l’internement. Il a

rapporté des mots, les a réécrits et les a distribués à l’équipe. On passe de l’observation d’une

précision confondante à la poésie. On est bousculé par les propos du SDF qui décortique sans

complaisance le regard porté sur les miséreux par ceux qui ont une vie normale et qui ne

peuvent s’empêcher de détourner le regard pour ne rien partager, pour ne pas risquer d’être

entraînés vers le bas.

La mise en scène et les éclairages sont au service de cette parole. Les acteurs ne dialoguent

pas. Ils sont face à nous, c’est à nous qu’ils s’adressent et leur souffle enfle quand ils sont

émus. Il y a face à nous un choeur et des individus qui ont chacun leur identité. Les corps

tombent parfois avec violence ou se libèrent dans la danse et la chanson. La danseuse se

glisse, s’insère, se tord, s’approche au plus près avant d’exploser.

Courez voir Fracas, cette vision du monde tel qu’il ne va pas et comme le soir où j’y étais,

vous resterez peut-être assis après les applaudissements, sans avoir envie de partir, suspendus

entre sourires et larmes.



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