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« J'ai retrouvé avec mes comédiens l'incandescence que je trouvais chez Laurent Terzieff »

Fracas30 novembre 2013, par Stéphane Capron
« Fracas : un mot choc pour un spectacle remuant écrit et mis en scène par l’auteur Olivier Brunhes. Il a rassemblé autour de lui une troupe improbable: des acteurs professionnels en situation de handicap, des acteurs valides, d’anciens détenus…. Pour poser une question simple: « C’est quoi, au juste, cette histoire de différence ? » »
Stéphane Capron

Le spectacle joué actuellement au Théâtre de Belleville parle de la difficulté de communiquer lorsque l’on est différent des autres. Olivier Bruhnes restitue avec énormément d’humanité la parole de ces exclus dans une mise en scène épurée qui met en avant le travail de ces acteurs, tous épatants. Rencontre avec ce comédien, auteur, qui a été très proche de Laurent Terzieff.

Fracas parle de la vie. Il y a de la gravité mais aussi de la joie

Oui car quand la parole est empêchée, quand elle sort, elle est explosive et on rigole !

Qui sont les comédiens avec qui vous avez travaillé ?

J’ai travaillé avec des comédiens professionnels dont certains sont issus du monde du 

handicap qui viennent de la troupe « Le théâtre du Crystal ». Il y a aussi d’anciens détenus de la maison d’arrêt de Villepinte – mais ils ne sont pas restés car ils sont de nouveau en prison, et puis des comédiens professionnels .

Comment s’est déroulée l’écriture ?

J’ai travaillé sur deux ans par petites séquences sur des instants de vie. Il y a aussi un bout de mon roman « La nuit du chien » et des morceaux de textes écrits pour la Comédie-Française. Je voulais parler de la différence. Je voulais demander aux personnes handicapées mentales et aux gens de la rue : « à quel moment la vie bascule ? ».

Il y a des monologues très poignants. Cela nous interroge sur l’errance, sur les gens que l’on ne veut pas regarder dans la rue.

J’étais avec les compagnons de la nuit, une association qui s’appelle « La moquette » qui travaille auprès de gens dans la rue. Ce texte est né en deux heures à mon retour chez moi. Ce texte ouvre une question partagée. Avec ce spectacle on n’apporte pas une réponse. On fait passer le rouleau compresseur d’une vérité. Et on sent tout le temps une osmose avec les spectateurs. Ce spectacle ouvre une question commune.

Il est question de la religion aussi…

Dans les endroits où cela va très mal, dans les prisons qui sont une sorte de poubelle de ce qui se passe dans notre monde, dans les hôpitaux psychiatriques ou dans la rue, plus la souffrance est grande, plus la présence d’une idée de Dieu est forte. Plus on a mal aux dents, plus on croit en Dieu. On lui demande : « où il est ? » Et on a deux mots à lui dire. On a envie de l’attraper et lui dire : « qu’est ce que tu fais ? Nous on est là dans des souffrances atroces ». Cela interroge tout le monde, les croyants comme les non-croyants.

Vous avez longtemps travaillé avec Laurent Terzieff. Qu’aurait-il pensé du spectacle ?

C’est une question que je me pose souvent. Laurent est un des hommes les plus intenses que j’ai rencontré. Et je retrouve avec ces acteurs là cette incandescence. Je suis toujours surpris par le plateau et ébloui avec eux, comme j’ai été ébloui par Laurent, par l’homme, par ce qui brûlait de lui, par cette présence. Quand j’étais plus jeune je conservais ses messages sur les répondeurs pour les réentendre. A chaque fois que j’étais en présence, c’était un miracle.

                             

                              

                



 

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