Chroniques de la rentrée littéraire

« La nuit du chien »

La nuit du chien11 janvier 2012, par Christiane Miège
« En donnant une parole vraie à tous les personnages, il ne décrit pas tant habilement un milieu défavorisé et ses ambiances, que finement le moment fragile où toute vie peut basculer dans le néant. »
Christiane Miège

Le premier roman d’Olivier Brunhes commence par une mise à mort animale lors d’une terrible « nuit du chien » et se termine, après une mise à mort vengeresse et humaine, par la renaissance d’une victime innocente. Au terme de ce roman initiatique la justice qui avait condamné un père rendra son honneur au fils et comme l’annoncent Frank Capra et Shakespeare en deux citations en exergue du texte : tout un chacun vit dans les rêves malgré la Tempête, et n’importe qui pourra finalement être sauvé. 

Tobias renommé Dog après son acte fondateur, amorce un long parcours dès lors qu’il s’extirpe de ses rêves, jeune chien fou en quête de lui même parmi les hommes qu’on dit loups pour leurs congénères. Orphelin tragique de père et de mère il trouvera en l’Ancien un guide et défendeur de la Loi et en Martine et sa petite Spiritualité la tendresse et compréhension maternante. Famille de substituion et rencontres plus ou moins amicales flècheront son parcours longeant la corde raide d’un équilibriste du hasard. Entre hommes d’honneur et femmes victimes, entre portes qui s’ouvrent et substances qui enferment, à chaque nouvelle rencontre dangers et possibles sauvetages jouent au gré des dépendances et lieux perdus avec les démons de son passé. La nature qui à bercé l’enfance de Tobias, sa rencontre avec l’art, incarné par l’acteur Fortin et l’innocence blessée de Lulu, sauveront d’un destin contraire et au gré des injustices, un Dog heureusement bien entouré, de la chute annoncée. 

Entre récit, poésie, paroles de chansons, rêves et visions sous substances, la veine sociale et réaliste de l’auteur parsème le texte de tendresse en vertus de sentiments apaisants et par la qualité virile des amitiés. Olivier Brunhes qui connaît les mondes du théâtre, de la prison et des handicapés sait la puissance des mots et de l’art, des règles fondamentales des hommes et de la régènéressence par la solitude dans une nature sauvage. En donnant une parole vraie à tous les personnages, il ne décrit pas tant habilement un milieu défavorisé et ses ambiances, que finement le moment fragile où toute vie peut basculer dans le néant. Milieux simples et sentiments rudes, à moins que ce ne soit le contraire, incarnent en quelques scènes emblématiques une société de tous les dangers.

Au terme de ce roman moral et pétri d’espoir, les chiens fous peuvent sortir de leur nuit par les rêves devenus réalité d’Olivier Burnhes.