Paroles du dedans (Prix Diversité Culturelle 2015)

Olivier Brunhes

2015

La prison est le lieu des histoires, de toutes les histoires. Lorsqu’on est enfermé, on raconte, on se la raconte, il n’y a rien d’autre à faire. On commence par balancer des lieux communs, par parader avec les mots – la langue de bois carcérale en vaut d’autres – et puis, au détour de l’invention, une lumière voit le jour.

La prison est le reflet obscur de notre société. Nous y retrouvons toutes les dysfonctions du temps. De l’excès de vitesse au terrorisme radical, de la folie de l’argent à celle du sexe, toutes les addictions, tous les dérèglements y sont représentés. Derrière les hauts murs, est dissimulé un monde de souffrance et de douleur, un monde où sont réunies toutes nos misères –morales, affectives, psychiques, économiques, culturelles. La prison est un bouillon de culture mortifère.

J’ai voulu entendre ce monde, y entrer. Comme on va dans l’arrière cuisine pour voir comment naissent les plats. J’ai voulu, l’espace d’un moment, proposer un autre scénario aux détenus qui ont accepté d’écrire et de bâtir ce spectacle avec moi. Leur proposer de changer d’images, puisque dans la violence ou le fantasme, dans le désespoir et la misère, se mettent en place des scénarii, des schémas intérieurs, des fictions –qui sont toutes mauvaises et conduisent au pire. Avant de passer à l’acte on se représente le monde. J’ai donc proposé aux détenus de changer de représentation du monde. De ne plus travailler contre mais avec lui, pour lui. D’inventer sa vie, de la maîtriser, de donner plutôt que de prendre, l’espace d’un spectacle. 

Spectacle conçu dans la maison d’arrêt d’Osny (95) Co-production L’Apostrophe-Scène Nationale ( Cergy), avec le soutien de la DRAC Ile-de France, de la Région Ile-de-France, du Ministère de la Culture et de la Communication et de la SPEDIDAM

Créé à L'Apostrophe - Scène Nationale en décembre 2015, repris à la maison d'arrêt d'Osny et au Théâtre de Belleville en mars 2016.

Distribution

Avec Baptiste Amann, Kemso, Vincent Winterhalter, Séverine Vincent, Noémie Ettlin, Nathanaël Favory, Pierre Berriau, Nicolas Luboz, Mehdi Harhad, David François Moreau, Jean-Philippe Viret, et les détenus de la maison d’arrêt d’Osny. Lumière : François Duguest
«Mon sac de couchage illuminé de lumière, je pense à ma mère, à son sourire, à son visage. Et sa confiance et son amour sont une couverture. Petit, je courrais partout. Parfois elle vient frapper à la porte de mes rêves. Ma mère, c’est mon secret. Je me lève souvent pour apprécier une vue étroite sur le ciel. Les hommes se basent sur des points lumineux dans le ciel pour découper l’espace et le temps. Dans mes cauchemars je fais aussi une course poursuite avec moi-même. Je voudrais rattraper le soleil d’enfance Je voudrais danser sous la pluie. Je voudrais tourner le dos à la mort. Renaître de mes cendres. Mais le réel me rattrape, il m’attache. Abattu, allongé sur le béton glacial, personne ne peut m’ôter mes pensées. Dans ma tête je suis comme un oiseau. Je sais naviguer dans le ciel. Je connais la caresse du vent. Mais le réel me rattrape, il m’attache Ici, je ne perçois rien qu’un brouillard de larmes. Le temps tourne. Le temps gifle. Le temps avance et se pavane. Le temps prend son temps. On dirait qu’il s’acharne».

Presse

11 janvier 2016, par Florence Aubenas

Le Monde - « Des barreaux et des planches »

« Moi, les ateliers, ça m’emmerde » dit un détenu « Moi aussi », a rétorqué Olivier Brunhes, le metteur en scène. Il leur propose autre chose que de préparer l’habituelle représentation en prison: cette fois, ce sera « du vrai théâtre avec un vrai public », ils monteront sur une scène nationale. (…)...

18 décembre 2015, par Aurélie Kieffer

France Culture - « "Paroles du dedans", quand des détenus montent sur scène »

La salle est comble. Il y a même des spectateurs sur les marches. Sur scène, 10 hommes et 2 femmes nous font ressentir l’enfermement, la colère, la souffrance et se prennent la main pour saluer. Qui est détenu ? Qui est comédien ? Aucune importance.La force est commune.

30 avril 2016, par Armelle Héliot

L'avant-scène théâtre - « La quinzaine d'Armelle Héliot - Responsabilités partagées »

On a eu le privilège de voir Paroles du dedans d’Olivier Brunhes, qui travaille ces temps-ci dans les prisons (...) Une force, une puissance sourde, des comédiens ultra investis.

21 mars 2016, par Claire van Den Bogaard

Passe-Murailles - « Sur la scène de la maison d'arrêt, un manifeste contre la prison »

Dès les premières minutes, la pièce fait voler en éclat les stéréotypes de ce genre d'évènement en milieu carcéral. Elle s'ouvre en effet avec un texte sur la nécessité d'écrire et de jouer pour combattre l'obscurantisme des djihadistes qui ont récemment meurtri le pays. A rebours de l'habituelle ce...

4 décembre 2015, par 13 Comme une

13commeune.fr - « Des détenus, acteurs de leurs propres vies »

Fidèle à son exploration des marges, le metteur en scène Olivier Brunhes se penche cette saison sur l’univers carcéral. Il a invité des détenus de la maison d’arrêt du Val d’Oise à écrire puis à jouer, aux côtés d’acteurs professionnels, le texte de sa dernière création, Paroles du dedans.

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